In memoriam

Michel Thellier (1933–2026)

Michel Thellier est décédé le 17 mars 2026 à l’âge de quatre-vingt-douze ans à Versailles. Michel a été élu correspondant en 1983 puis membre de l’Académie des Sciences en 1991 dans la section de Biologie intégrative. Il était membre de l’Académie d’agriculture depuis 2001.

Michel Thellier a été assistant puis Maître assistant au laboratoire de Physiologie Végétale du Professeur Pierre Chouard à la Faculté des Sciences de Paris de 1956 à 1962 où il a créé et animé le service de radio-isotopes. Il est devenu Maitre de conférences en 1966 puis Professeur en Physiologie végétale en 1970 à la Faculté des Sciences et Techniques de Rouen où il a dirigé le Laboratoire associé au CNRS « Physiologie cellulaire : signaux et régulations » de 1978 à 1990. Il a été Président de la section 26 du comité national du CNRS, biochimie et biologie végétale, de 1987 à 1992. Il était professeur émérite de l’Université de Rouen depuis 1994.   Au tout début de sa carrière, Michel Thellier s’est intéressé à la nutrition en bore des végétaux. Il était un expert international de la détection et de l’imagerie de traceurs isotopiques stables par la méthode de spectrométrie de masse qu’il a utilisée pour caractériser les transports de solutés chez les plantes. Avec son équipe, Michel Thellier a tout particulièrement étudié la sensibilité des végétaux aux stimuli abiotiques. Il a montré que la réponse de la plante à un stimulus pouvait être stockée plus ou moins longtemps sous forme d’information avant d’être éventuellement rappelée et exprimée par une modification métabolique ou par morphogénèse. Dans son livre publié en 2015 aux éditions Quae: « Les plantes ont-elles une mémoire ? » Michel Thellier montre comment les plantes perçoivent les stimulations de l’environnement : vent, pluie, blessure, attaque d’herbivores ou de ravageurs, et comment elles répondent aux stimulations par des modifications de leur métabolisme et de leur développement, parfois même par des mouvements.   Michel Thellier alliait à ses travaux expérimentaux une approche en modélisation mathématique très rigoureuse basée sur les lois de la Physico-Chimie. Avec Victor Norris, il s’est intéressé à la modélisation de structures complexes appelées FDS (Functionning-Dependent Systems) dans lesquelles un certain nombre d’enzymes intervenant séquentiellement dans la métabolisation d’un substrat initial s’associent en un complexe dynamique tant que ce substrat est présent. Ces FDS pourraient être impliqués dans la régulation et la synchronisation du fonctionnement cellulaire.

Michel Thellier était un pionnier en biologie végétale. Il a su mené de front des études expérimentales toujours accompagnées d’une approche théorique qu’il jugeait indispensable. Tout au long de sa carrière, il a très fortement contribué au développement de la Biologie mathématique et théorique en France. Il a été membre fondateur de l’Association pour le développement de Méthodes Théoriques destinées à la Biologie (AMTB) de 1978 à 1982 au côté de Pierre Delattre et de René Thom et membre du bureau de la Société Française de Biologie Théorique (SFBT) de 1997 à 1998. Il a été Rédacteur en chef associé des Comptes-Rendus de l’Académie des Sciences de la série III, Sciences de la vie, depuis 1978 où il a contribué à la publication de numéros spéciaux en Biologie Mathématique.

Il a reçu le Prix Louis Bonneau de l’Académie des sciences en 1970. Il était Commandeur des palmes académiques, Chevalier de l’Ordre national du mérite et Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur. Il est devenu membre de la European Academy of Arts, Sciences and Humanities en 1992. Il était Professeur Honoris Causa de l’université de Wolverhampton en Grande-Bretagne en 1992. Sa disparition nous prive d’un grand chercheur d’une immense culture et d’un ami toujours attentif aux autres et d’une grande humanité. Nous adressons nos plus sincères condoléances à toute sa famille.

Gila Benchetrit (1940 - 2026)

Gila Benchetrit Mohandessi (« la Savante » en farsi) est décédée à Grenoble le 7 juin 2026 et toute sa famille scientifique est en deuil. Elle est arrivée à 16 ans à Grenoble pour préparer son baccalauréat, puis une licence, puis un doctorat de physiologie avec le Pr. H. Lemarchand (professeur de physiologie à la Faculté de Médecine de Grenoble, nommé directeur en 1958 du nouvel Institut Régional d’Education Physique). A la fin de sa carrière, Directrice de recherche au CNRS, elle avait supervisé depuis 1983 de nombreuses thèses dans l’équipe TIMB du laboratoire TIM3, puis dans le laboratoire TIMC, dont elle a été co-fondatrice et directrice adjointe et où elle a créé et dirigé l’équipe de physiologie respiratoire PRETA durant de nombreuses années. Elle y avait réuni une « dream team » composée d’éminents scientifiques, comme Annie Therminarias, Jacqueline Eteradossi, Pascale Calabrese, Maurice Tanche, Francis Grimbert Jean-Pierre Bachy, André Eberhard, Antoine Pham Dinh, Pierre Baconnier, Jacques Viret, Pierre-Yves Gumery, Patrick Lévy, Jean-Louis Pépin, Sam Bayat, Raphael Briot, etc. Avec eux, elle a fait des découvertes importantes concernant entre autres l’entraînement du système ventilatoire, l’existence d’une personnalité ventilatoire individuelle, les rapports entre la régulation cardiaque et la régulation respiratoire (à l’origine de l’arythmie cardiaque d’origine respiratoire) et entre la somnolence et la respiration. Son travail avec la société RBI©, dirigée par Ramin Baghai, a donné lieu au gilet Visuresp© d’enregistrement de l’activité ventilatoire au niveau du thorax et de l’abdomen, utilisé pour la rééducation et l’étude des rythmes ventilatoires.

La recherche de Gila Benchetrit a eu d’emblée un grand retentissement international, qui a suscité des collaborations multiples en France, au Canada, aux USA et au Chili (par exemple avec les Prs. A. Hugelin, J. Segundo et J.F. Vibert à Saint Antoine Paris, les Prs. T. Trippenbach, J. Milic-Emili et L. Glass à McGill Montréal, le Pr. J.W. Bellville à UCLA Los Angeles et la Pr. Taramasco à l’Université Andrès Bello Valparaiso). Nombreux sont les hospitaliers (réanimateurs, urgentistes, anesthésiologistes) qui ont bénéficié de son enseignement pour améliorer leur pratique clinique ou progresser dans le suivi et la correction de pathologies chroniques (comme l’apnée du sommeil, avec la société AGIR à Dom). Ses derniers grands programmes de recherche ont porté sur la Mesure et le monitorage sans fil des paramètres respiratoires pour des applications diagnostique et de surveillance (projet ANR-TecSan TeleResp) et sur la Somnolence chez les conducteurs d’engins dans les mines de cuivre à ciel ouvert (projet EC France-Chili).

Parallèlement à ses activités de recherche, Gila Benchetrit est membre fondateur de la Société Francophone de Biologie Théorique, créée en 1982 à l’Abbaye de Solignac par ses premiers Présidents, P. Delattre, R. Thom et M. Thellier, dont elle est restée pendant de nombreuses années la trésorière, et dont elle a publié les premiers Actes des Journées Annuelles en 1984 aux Editions du CNRS.

Dans toutes ses nombreuses activités, Gila Benchetrit a laissé un souvenir impérissable : ses nombreux amis, collaborateurs et élèves se souviendront toujours de sa présence, de son écoute, de son savoir théorique et expérimental jamais mis en défaut et même de la tendresse constante avec laquelle elle abordait la Science et ses serviteurs : elle était une Savante humaine, depuis la direction de ses chercheurs, jusque dans l’utilisation des animaux (chiens et lapins), qu’elle jugeait indispensables à ses avancées scientifiques.

Merci à Gila Benchetrit, grande Dame de la physiologie française, qui en a maintenu le flambeau, dans des années difficiles où la biologie moléculaire triomphante avait fait parfois oublier l’approche physiologique holistique nécessaire, celle de ses nombreux grands anciens, les Avicenne, Magendie, Claude Bernard, Arsène d’Arsonval ou Louis Lapicque.

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